La promesse de l’hydrogène vert

08-12-2022

Une crise peut forcer à se remettre en question et entraîner des changements technologiques. Les résultats de recherche sur Google montrent que l'intérêt mondial pour « l’hydrogène vert » n’a jamais été aussi grand que juste avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Quelques mois plus tard, il est évident que les politiques et stratégies énergétiques sont repensées dans le monde entier. Une transformation est en cours. Tout comme la pandémie de Covid-19 a poussé les entreprises à adopter la digitalisation, le télétravail et les technologies cloud, la guerre en Ukraine accélère la décarbonation, le développement durable et l’indépendance énergétique.

L'hydrogène

L’hydrogène est une pièce importante du puzzle des énergies renouvelables. Il est souvent négligé, principalement parce que la technologie permettant de fabriquer la variante « verte » est très récente et que le processus est coûteux. De plus, l’hydrogène est difficile à stocker.

Il présente cependant un grand avantage. Lorsque la production d’électricité solaire ou éolienne dépasse la demande du réseau, l’utilisation de cette énergie pour séparer l'eau en ses composants, à savoir l’hydrogène et l’oxygène, est un excellent moyen de stocker l'excédent.

L’hydrogène peut être utilisé de nombreuses façons. Il peut alimenter des piles à combustible pour faire fonctionner des voitures, des camions et des navires. Il peut permettre de fabriquer de l’acier zéro carbone. Il peut aussi décarboner jusqu'à 20 % les réseaux de gaz naturel existants. Et il peut être retransformé en électricité si on le brûle.

Les sociétés modernes et les pays industriels sont alimentés par l'énergie. Et ils sont confrontés à des questions importantes. Comment peuvent-ils s'affranchir du charbon, du gaz et du pétrole ? Comment peuvent-ils remplacer les sources d'énergie nuisibles au climat ? Et comment peuvent-ils se libérer des dépendances politiques et économiques ?

Tous les grands pays industriels ont déjà une stratégie nationale en matière d'hydrogène, ou y travaillent. Ils prévoient de réduire les émissions de gaz à effet de serre, d’augmenter le recours aux énergies renouvelables et de diversifier leurs sources d'énergie. Bien sûr, il s’agit également de croissance économique et de création de nouveaux emplois.

Coopération internationale

Dans les années à venir, l’hydrogène aura un potentiel énorme. Le Conseil mondial de l'énergie estime que la demande pourrait atteindre 9 000 TWh, soit environ 270 millions de tonnes par an. Cela représente l'équivalent de la production mondiale totale en énergies renouvelables. Une demande de cette ampleur ne peut être satisfaite que s’il existe un cadre de coopération internationale.

Pour la Belgique, la création du "Global Renewable Hydrogen Forum" a été récemment annoncée lors de la COP27. Cette plateforme internationale vise à renforcer la position de la Belgique en tant que pôle européen d'importation.

Néanmoins, l’hydrogène vert a besoin de plus pour réussir. Il lui faut un nouveau système énergétique. L’époque où l'approvisionnement en énergie était centralisé et reposait sur de grandes centrales à combustibles fossiles va toucher à sa fin. Demain, nous aurons besoin de systèmes énergétiques locaux et décentralisés, basés sur les énergies renouvelables.

Ce demain existe déjà, dans la ville bavaroise de Wunsiedel. Une ville dont l'approvisionnement en énergie est basé sur les énergies renouvelables. Sa centrale est capable de produire par électrolyse 1 300 tonnes d'hydrogène vert par an et, grâce à un système d'approvisionnement en énergie flexible et fiable, les excédents et les réserves peuvent même être vendus sur le marché de l'énergie. Wunsiedel est ainsi à l’avant-garde. C’est un projet phare de l'avenir de l'énergie, qui s’appuie sur la technologie Siemens.

Wunsiedel montre que les systèmes énergétiques décentralisés sont judicieux non seulement sur le plan écologique mais aussi sur le plan économique. Et qu’ils représentent une composante importante de la transition énergétique.

Ce projet prouve que les systèmes énergétiques décentralisés et l’utilisation de la technologie digitale peuvent créer des effets de synergie locaux et régionaux. On entend par là la création de valeur ajoutée régionale, la diminution des coûts de transport, la réduction des émissions de CO2, l’augmentation de l’efficacité et la création de nouveaux emplois.

Wunsiedel montre comment le « couplage sectoriel » fonctionne et peut être mis en pratique. En d’autres termes, il s’agit de la mise en réseau énergétique de différents secteurs, tels que l'énergie électrique, la chaleur et la mobilité.

Avec une charge électrique connectée de 8,75 mégawatts dans la première phase d'expansion, la centrale de Wunsiedel est l'une des plus grandes de ce genre en Allemagne. L’hydrogène qu'elle fabrique est produit à proximité de l’endroit où il est consommé. Il est décentralisé et local.

Cela signifie-t-il que les futurs systèmes énergétiques seront fragmentés ? Que tout le monde devra lutter pour se débrouiller seul ? C’est tout le contraire en réalité. Les futurs systèmes énergétiques basés sur des sources renouvelables ne seront possibles que sous la forme de partenariats, tant à petite qu’à grande échelle, tout comme l'économie mondiale est de plus en plus organisée en écosystèmes d'acteurs digitalement reliés en réseaux.

Cet article a été initialement publié sur Forbes

Texte basé sur un article de Matthias Rebellius, membre du conseil d'administration de Siemens AG et PDG de Smart Infrastructure.

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