La réduction des émissions carbone commence par les données

20-02-2023


Il est minuit moins cinq pour le climat. Un avertissement pris à cœur aussi par l’industrie. Car elle représente près d'un tiers des émissions mondiales. C’est pourquoi de plus en plus d’entreprises exigent de leurs fournisseurs qu'ils leur transmettent des données sur l’empreinte carbone de leurs produits. Mais comment cartographier toute une chaîne d'approvisionnement ? C’est exactement ce que réalise la plateforme SiGREEN de Siemens, sans toucher à la propriété des données. Il est temps de faire sa connaissance.

L’idée derrière SiGREEN a vu le jour il y a trois ans dans un des sites de production de Siemens. L’entreprise voulait savoir comment se préparer aux questions des clients et à la future législation sur les émissions de CO2. Johannes Thul est à la tête du projet : « Le point de départ était que les produits sont constitués de différents composants. Pour connaître l'empreinte carbone d’un produit, il faut donc additionner les émissions de chacun de ces composants. Autrement dit, extraire les données réelles à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement. Car on ne peut pas se fier uniquement à des estimations et à des moyennes basées sur une nomenclature. »

L’idée a mûri au sein de Next47, l’écosystème de Siemens pour les start-up, jusqu'à devenir un outil exploitable. « Bien que l’idée de départ soit née d’un défi que nous avions identifié chez nous, nous avons immédiatement décelé son potentiel pour toute l’industrie. C’est ce dont je suis le plus fier. D’avoir mobilisé l’expertise de tous les spécialistes qu’une entreprise technologique comme nôtre emploie en interne pour traiter un problème que l’on n’associerait pas à Siemens à priori. »

Partage sécurisé des données relatives aux émissions carbone

Le lancement officiel de SiGREEN a eu lieu l’été dernier. « Aujourd’hui, ceux qui veulent calculer leur empreinte carbone doivent se baser sur des moyennes ou des données secondaires, ou aller chercher toutes les données séparément auprès de chaque fournisseur. Cette collecte nécessite du temps et des logiciels. En travaillant avec la plateforme SiGREEN, tout est beaucoup plus simple. Chaque fournisseur qui contribue à une Product Carbon Footprint (PCF) est invité à introduire ses données sur une page web sécurisée selon un des standards disponibles. » 

Communication de pair à pair via une protection cryptographique

« Les données ne sont pas accessibles à tout le monde. Elles restent la propriété de l’utilisateur. Mais la plateforme peut s’en servir pour calculer la valeur réelle à chaque étape de la chaîne d'approvisionnement », résume Geert De Coninck, business unit manager factory automation. Tout est pris en compte : aussi bien les matériaux que l’énergie nécessaire à les fabriquer. Il est en outre possible de faire vérifier l’exactitude des données par des auditeurs partenaires.

On ne peut pas s’en sortir avec de simples estimations et des moyennes basées sur une nomenclature
Geert De Coninck

Identifier le potentiel de réduction des émissions

Entre-temps, bon nombre de clients (dont quelques belges) se sont inscrits sur la plateforme, où la plupart des fonctionnalités sont disponibles gratuitement. « On constate que ce sont les branches de l’industrie les plus exposées et les plus proches du consommateur qui ont sauté le pas le plus vite. Les demandes des clients et des fournisseurs sont aussi traitées en priorité pour la transformation de notre propre portefeuille », ajoute Geert De Coninck. Car le calcul de l’empreinte carbone n’est que la première étape. « Il faut d’abord créer la transparence et obtenir des données toujours plus précises. Plus on réunit de données, mieux on peut cerner le potentiel d’optimisation. Les entreprises disposent d'un instrument pratique pour décider quels sont les composants ou les matières premières qui peuvent offrir une alternative durable pour parvenir à l’objectif final de neutralité carbone », conclut Johannes Thul.

Les bons choix grâce à la transparence

Bien que la plateforme SiGREEN soit surtout axée sur le CO2, rien n’empêche de la développer pour d'autres éléments précieux de la nomenclature. « Je pense déjà à d’autres aspects », indique Johannes Thul. « Tout ce qui peut profiter à la durabilité est bon à prendre. Il serait intéressant de connaître la présence de contenu recyclé, par exemple, ou dans quelle mesure les produits répondent à la certification Cradle to Cradle. Les défis que nous avons dû affronter ces derniers temps, comme le Covid ou la crise énergétique, ont montré que la solution passera de toute façon par des chaînes d'approvisionnement plus robustes et des investissements verts. Avec SiGREEN, nous voulons offrir aux entreprises industrielles la transparence dont elles ont besoin pour faire les bons choix, en s'appuyant sur des données réelles. »

Ce texte a été publié dans Industrial Automation et a été rédigée par Valerie Couplez.

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