La vision de durabilité de Siemens Belux

Entretien avec la directrice financière Ilse Geukens : comment la durabilité a également un impact sur l'aspect financier d'une entreprise.

18/11/2022


Siemens s’est employée activement ces dernières années à élaborer un plan d'action « développement durable ». L’entreprise a défini un ensemble de mesures concrètes, assorties de points d'action clairs et mesurables – pour ses propres collaborateurs, mais aussi pour ses clients et fournisseurs.
 

« Les gens s’attendent à ce qu’une multinationale comme Siemens ait déjà réalisé de sérieuses avancées en matière de développement durable », commente Ilse Geukens. « Et c’est effectivement un thème qui nous préoccupe depuis longtemps. Nous étions l’une des premières entreprises à déclarer, dès 2015, vouloir atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2030. C’est à cette époque également que les Nations Unies ont adopté leurs Objectifs de développement durable, sur lesquels s’est basé le Business 2 Society report de Siemens en 2016. »

Siemens Belgique a suivi en 2021 avec la publication de son Sustainability Report. « Nous sentions qu’il fallait une approche plus structurée et nous avons développé le programme-cadre DEGREE sur la base de ce rapport », poursuit Ilse. « Chaque lettre de DEGREE correspond à une priorité de développement durable et couvre une série d’actions mesurables et très concrètes auxquelles chacun peut apporter sa contribution au sein de l’entreprise. Nous concentrons nos efforts sur 11 des 17 Objectifs de développement durable des Nations Unies. Nous avons retenu uniquement les domaines dans lesquels nous pouvions réellement agir à notre échelle chez Siemens Belgique. C’est en quelque sorte le prolongement des actions que nous menions déjà depuis des années, par exemple en matière de diversité à l’embauche. DEGREE regroupe finalement tout ce qui a trait au développement durable chez Siemens Belgique et offre un cadre concret à tous les membres de notre organisation. »

« Chaque pas compte, aussi petit soit-il » 

« Les objectifs se classent en plusieurs catégories correspondant aux critères ESG. Pour Siemens à l’échelle mondiale, la réduction des émissions de CO2 est une priorité absolue. Le groupe possède de nombreuses usines et une chaîne logistique gigantesque. Pour Siemens Belgique, la réduction des émissions n’a pas la même importance, car nous sommes une organisation régionale centrée sur la vente de produits et de services. Nous n’avons donc pas de production, ni de logistique. C’est pourquoi, au niveau local, nous nous focalisons plutôt sur notre flotte de voitures et sur les voyages par exemple. Par ailleurs, nous avons aussi investi dans nos bâtiments. Nous avons installé des capteurs pour pouvoir chauffer et éclairer uniquement les espaces où se déroule une activité humaine. Évidemment, à l’échelle mondiale, ce ne sont que des cacahuètes pour Siemens. Mais chaque pas compte, aussi petit soit-il. »

« Au chapitre ‘social’, c’est la diversité dans l’entreprise qui retient toute notre attention. Étant donné que Siemens Belgique emploie de nombreux profils techniques (ingénieurs, informaticiens...), nos effectifs sont très masculins. Nous aimerions beaucoup engager davantage de femmes, mais nous sommes tributaires du marché du travail, qui est encore fortement déséquilibré, car les femmes sont toujours très minoritaires dans les filières d'ingénieur ou d'informaticien. Cela étant, Siemens a pris toutes sortes d'initiatives pour augmenter la diversité dès le stade de la formation. Nous avons noué des collaborations avec plusieurs universités, par exemple, et nous avons créé notre projet Little Innovators pour faire découvrir la technologie aux enfants de nos collaborateurs. Le but est de montrer notamment aux filles, dès leur plus jeune âge, que la technique peut être hyper passionnante. »


« J’ai surtout parlé ici de diversité des genres, mais pour nous, la diversité consiste aussi à employer des personnes issues d'autres cultures ou d'autres continents, ou qui présentent un handicap. Quand on réunit des hommes et des femmes d’origine africaine, américaine et européenne, il faut peut-être plus de temps pour aboutir à une décision, mais le résultat est tellement plus enrichissant. Je crois vraiment en la diversité. Mais pas à n’importe quel prix, évidemment. La qualité doit toujours primer sur la diversité. »


« Pour ce qui est de la gouvernance, elle se traduit surtout par des règles d’éthique chez Siemens. Cela va du code de conduite pour les fournisseurs aux business conduct guidelines pour les collaborateurs, en passant par le radar ESG pour les clients et prospects. Nous sommes très stricts à ce sujet. Pas question de faire des compromis ! »

« Le scope 3 est un sacré défi »

Chez Siemens, le siège central a donc défini un cadre assez large dans lequel chaque région est libre de choisir son propre périmètre d'action. « Nous avons de la chance que le siège central de Siemens soit situé en Allemagne. Surtout depuis que l’Union européenne a adopté sa taxonomie verte. Il y a toute une équipe en Allemagne qui planche sur la concrétisation de cette taxonomie et sur la définition de KPI pour Siemens dans le monde. Le scope 1 était encore relativement simple, le scope 2 était déjà plus difficile, mais le scope 3 est un sacré défi. Toute la taxonomie est encore terriblement compliquée. Le siège central a bien sûr fixé des objectifs régionaux et nous devons lui fournir des données. Reste que les grandes lignes sont dessinées en Allemagne. Je peux m’imaginer qu'une entreprise qui ne dispose pas d'une telle structure ait du mal à s’en sortir... »

« Avoir un plan d’action est une première étape importante, mais il faut aussi que chacun sache vers quoi on veut aller. La deuxième étape cruciale est donc la conscientisation. Il ne suffit pas de mobiliser quelques personnes : tout le monde doit se sentir concerné. C’est pourquoi nous avons organisé récemment un town hall meeting pour tous les collaborateurs de Digital Industries. Nous n’avions inscrit qu'un seul thème à l’ordre du jour : DEGREE. Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Qu’avons-nous déjà entrepris ensemble ? Que faisons-nous avec nos clients et fournisseurs ? Le développement durable n’est pas du tout un slogan marketing. C’est une philosophie que nous défendons en tant qu’entreprise et qui doit imprégner chacune de nos réflexions et décisions, qu’elles concernent nos clients, nos recrutements ou certains investissements. Tout le monde doit avoir DEGREE en tête à tout moment. »

Trois groupes cibles

« Chez Siemens, nous nous focalisons sur trois grands groupes pour conscientiser au développement durable : nos clients, nos fournisseurs et nos propres collaborateurs. Pour ce qui est des clients, nous sommes déjà très loin. Nous avons la chance chez Siemens de proposer des technologies qui aident nos clients à améliorer leur durabilité. Concrètement ? Nos digital twins par exemple permettent de simuler une partie du processus de production du client, ce qui évite le gaspillage ainsi que les essais et erreurs classiques. Nous les aidons à trouver la bonne configuration pour leur installation. »

« Par ailleurs, nous avons développé un radar ESG, un outil de screening pour tous nos clients et prospects, alimenté entre autres par le score EcoVadis. Nous soumettons chaque année tous nos principaux clients au radar ESG. Il fait également partie du processus décisionnel de chaque offre. Aucune ne sort sans avoir été contrôlée et confirmée par le radar ESG. Nous sommes très critiques quand il s'agit de savoir avec qui nous voulons ou non faire des affaires. »


« Concernant nos fournisseurs, c’est très simple. Depuis 9 mois, ils ‘doivent’ signer un code de conduite dans lequel le développement durable occupe une place centrale. Celui qui ne signe pas est rayé de la liste de nos fournisseurs. C’est tout ou rien. »


« Enfin, il y a nos collaborateurs. Je peux vous donner deux exemples parlants à ce propos. Il y a un an et demi, quand nous avons pris conscience qu’une partie de nos factures étaient toujours envoyées sous forme imprimée, nous avons procédé à une analyse et pris des mesures concrètes. Nous avons mobilisé tous les collaborateurs des services commerciaux afin de collecter les adresses mail de leurs clients. Depuis, le volume de factures imprimées est passé de 25 à 5 %. Nous n’y serions jamais arrivés sans une communication claire et l’implication de toute l’organisation. »


« Deuxième exemple : notre parc de voitures. La durabilité de nos voitures de société est un critère très important pour nos collaborateurs, qui étaient de plus en plus demandeurs de modèles électriques. Nous avons donc pris le problème à bras-le-corps, afin d’évoluer le plus rapidement possible vers un parc de voitures entièrement électriques. Était-ce la bonne décision d'un point de vue économique ? Absolument pas, en tout cas pas pour l'instant. Était-ce la bonne décision d’un point de vue durable ? Certainement. » 

« il serait naïf pour un CFO de ne penser qu’au seul profit »

« Avant de décider, nous prenons le temps de l’analyse et de la réflexion. La rentabilité d'un projet n’est plus le seul critère. Nous devons aussi nous poser d'autres questions, par exemple : disposons-nous des bonnes personnes pour mener ce projet à bien ? Souhaitons-nous que le nom de notre entreprise y soit associé ? Il faut envisager tous les aspects. Et ce n’est jamais objectif à 100 %. Le management judgement – l'intuition, l’expérience, les antécédents, les relations – joue aussi un rôle. À l’heure actuelle, il serait naïf pour un CFO de ne penser qu’au seul profit. Il faut voir beaucoup plus loin. Je trouve que c’est un des plus grands changements dans notre fonction. »

Il y a 15 ans, on se focalisait encore uniquement sur le profit, mais aujourd'hui, on parle à la fois profit, planet et people. Et il faut en permanence chercher l’équilibre entre les trois.
Ilse Geukens

Capital-risque

Siemens Belux ne prévoit pas de budget précis pour le développement durable. « Nous allons au-delà du seul développement durable. Nous prévoyons toujours un certain montant de ‘capital-risque’, par exemple, un budget qui nous permet de tenter des expériences. »

« Les investissements auxquels nous consacrons ce capital-risque ne se limitent pas purement et simplement au développement durable. Nous avons déjà utilisé ce budget pour la création d’un logiciel de détection précoce des fuites, par exemple. Et plus récemment, nous avons décidé d’engager sur ce budget une personne supplémentaire totalement dédiée au développement durable chez Siemens Belgique. Le succès de ces expériences est-il garanti ? Pas du tout. Mais c’est un risque qu'il faut oser prendre. Voyez l’engouement pour les voitures électriques, par exemple. Qui sait si, dans quelques années, on ne va pas trouver une technologie qui n’aura plus besoin de batteries ? Imaginez qu'on puisse aller partout avec des drones en libre-service. Finis les embouteillages. Quel rêve ! » 

Vous trouverez de plus amples informations sur la durabilité ici.

Cet article a été publié dans le magazine CFO - édition de septembre 2022

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