ASF 4.0, une vision commune de relocalisation de la production

Les premières chaussures de sport de l’usine ASF 4.0 (Advanced Shoe Factory 4.0), située à Ardoix en Ardèche, seront produites en juillet 2021, moins de trois ans après le lancement de ce projet. ASF 4.0, fruit d’un partenariat entre Chamatex, fabricant de textile, Siemens, ainsi que de grandes marques de chaussures de sport. Lucie André, directrice opérationnelle d’ASF 4.0 et Guillaume Meyzenq, vice-président de Salomon Footwear reviennent sur la genèse, les points forts ainsi que les objectifs de cette alliance innovante et « made in France ». 

Comment est née l’idée de créer ASF 4.0 ?

 

Lucie André : Chamatex est spécialisé dans la fabrication de textiles techniques notamment dans le domaine du sport. Nous développons depuis plusieurs années, avec différentes marques, dont Salomon, le textile breveté Matryx®. Gilles Réguillon, président du groupe Chamatex, avait ce souhait d’aller plus loin et de proposer davantage de services à nos clients en installant en France une usine de fabrication de chaussures (voir son interview). ASF 4.0 est né de différentes rencontres. Siemens est tout d’abord venu nous voir et a accéléré notre réflexion. Il y a aussi eu des discussions entre Chamatex et Groupe Zebra, une société de design et d’innovation avec laquelle nous travaillons depuis de nombreuses années, notamment pour le développement de textiles pour le sport. Siemens nous a alors proposé de nous allier pour créer une usine 4.0 en France. Nous avons sondé nos marques partenaires pour savoir si cela pouvait faire sens pour eux, et Salomon a été le premier à vouloir s’investir. 

 

Guillaume Meyzenq : Il y a quelques années, nous avions déjà produit 10 000 paires de chaussures en France avec un système complètement automatisé. Nous avions compris que pour y arriver, il fallait s’associer à d’autres entreprises, même si elles étaient nos concurrentes sur le marché. Quand Chamatex est venu nous proposer ASF 4.0, nous avons pensé que nous pourrions apporter notre expertise de l’industrialisation de la chaussure. C’est ce qui a ensuite permis de convaincre Babolat et Millet de nous rejoindre.

 

Lucie André : Millet et Babolat ont en effet suivi le sillon tracé par Salomon. Ils sont, avec Groupe Zebra, Salomon et Chamatex, actionnaires d’ASF 4.0.

Nous sommes aujourd’hui dans une ouverture qui permet l’innovation. Cela tient du fait que les utilisateurs réfléchissent davantage à la manière dont ils consomment. L’aspect local est devenu très important.
Guillaume Meyzenq, vice-président de Salomon Footwear 

En quoi Chamatex et Salomon sont deux entreprises complémentaires dans ce projet ?

 

Guillaume Meyzenq : Nous avons un atelier de prototypage à Annecy qui nous permet d’industrialiser la production de chaussures, de se demander de quelle manière on assemble les différentes pièces les unes avec les autres. C’est assez unique dans le secteur de la chaussure sportive de performance. Ce savoir-faire a été un élément important dans ce projet. Et, demain, il y aura un transfert de compétences car ASF 4.0 sera capable de gérer cette industrialisation pour servir ses différents clients.

 

Lucie André : Chamatex apporte son outil et son savoir-faire industriel dans le textile. Salomon apporte son expertise dans la chaussure, dans le moindre détail de l’industrialisation. Nous sommes dans ce sens vraiment complémentaires. Notre alliance avec Salomon nous a permis d’accélérer la définition des process et ainsi d’avancer plus vite dans la mise en place de l’usine. Les premières discussions ont débuté à la fin de l’année 2018, et la production des premières paires de chaussures développées par les équipes de Salomon va démarrer en juillet 2021. C'est allé très vite ! 

Quel est le rôle précis tenu par Siemens dans ce projet ?

 

Lucie André : L’apport de Siemens est très important sur plusieurs aspects, il fait partie des quatre grands acteurs présents au démarrage du projet avec Chamatex, Groupe Zebra et Salomon. Nous nous sommes tout de suite dit qu’avec Siemens à nos côtés, nous serions plus fort et nous pourrions aller plus vite. Siemens a également développé et adapté spécifiquement pour notre usine un logiciel de supervision des lignes automatisées, connectées les unes avec les autres. Cet outil va également nous permettre de collecter des données d’analyse. Témoin de son engagement à nos côtés, Siemens finance 1,6 millions d’euros d’investissement en équipements industriels, grâce à sa branche Siemens Financial Services, sous forme de leasing. Siemens nous accompagnera également pour des évolutions futures, de l’assistance à distance, voire, dans le futur, dans des projets de duplication d’usine. 

L’apport de Siemens est très important sur plusieurs aspects, il fait partie des quatre grands acteurs présents au démarrage du projet avec Chamatex, Groupe Zebra et Salomon. Nous nous sommes tout de suite dit qu’avec Siemens à nos côtés, nous serions plus fort et nous pourrions aller plus vite.
Lucie André, directrice opérationnelle d'ASF 4.0

ASF 4.0, c’est également un modèle novateur. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Guillaume Meyzenq : Depuis 30 ans, dans leurs usines-ateliers en Asie du Sud-Est, de grands groupes ont développé un savoir-faire incroyable en matière de chaussures de sport en mêlant performance et qualité. Nous sommes aujourd’hui dans une ouverture qui permet l’innovation. Cela tient du fait que les utilisateurs réfléchissent davantage à la manière dont ils consomment. L’aspect local est devenu très important. La R&D a également évolué, Chamatex en est le symbole avec son tissu qui comporte des matériaux beaucoup plus techniques et qui permet une fabrication simplifiée des chaussures. Sans oublier d’ajouter à cela l’automatisation de la production. Ces trois évolutions sont réunies dans le projet ASF 4.0 avec l’association entre un industriel français innovant (Chamatex), un studio de design qui a une vision (Groupe Zebra), des marques connectées à leurs clients (Salomon, Babolat, Millet) et le savoir-faire industriel dans l’automatisation d’un grand groupe (Siemens).

 

Lucie André : L’innovation vient également de notre flexibilité. Tout notre système a été pensé et développé dans l’optique de produire un maximum de modèles différents avec des outils flexibles. Le but d’ASF 4.0 est aussi d’être plus réactif, de proposer des plus petites séries pour répondre aux demandes de nos clients et des consommateurs finaux. Avec également l’objectif d’essayer de réduire le time to market

Vous avez implanté l’usine ASF 4.0 à Ardoix, petit village ardéchois de moins de 2 000 habitants. Cela peut paraître un pari fou…

 

Lucie André : Vu de l’extérieur, effectivement, cela peut paraître fou d’aller implanter une usine 4.0 au fin fond de l’Ardèche. Mais pour Chamatex, c’était assez naturel car l’entreprise est implantée dans ce petit village depuis 40 ans. Cela nous semblait donc logique d’y installer cette première ligne de production. La Région Auvergne-Rhône-Alpes nous soutient, tout comme la commune et la communauté de communes. Toutes les parties prenantes sont fières d’appartenir à ce projet. Produire en France, c’est possible. On y croit et nous y mettons toute notre énergie.

 

Guillaume Meyzenq : Chamatex est attaché à son territoire comme nous le sommes sur le nôtre, à Annecy. Pour Salomon, c’est une très belle expérience d’avoir cette proximité avec son partenaire industriel. Une proximité qui nous permet également de régler certains enjeux de manière plus simple et plus fluide.

ASF 4.0, c’est aussi un projet créateur d’emploi. Combien de personnes vont être embauchées et avec quels profils de spécialisation ?

 

Lucie André : Nous prévoyons d’ici 2024 l’embauche de 50 salariés. Notre volonté est d’avoir trois équipes de production de dix ouvriers ainsi qu’une vingtaine de personnes en développement de produit, qualité, supply chain, administration des ventes… Nous recherchons à la fois des profils appartenant au monde de la chaussure sur des postes de production ou de type ingénieur pour du développement produit, ainsi que des spécialistes en automatisme et en robotique. 

Quels sont vos objectifs de production à court et long terme et les marchés visés ?

 

Lucie André : Nous allons débuter avec une équipe de production et un objectif de 15 000 paires de chaussures pour 2021, exclusivement pour Salomon. A partir de 2022, nous passerons à deux équipes avec une cadence de production entre 150 000 et 190 000 paires pour Salomon mais aussi Babolat et Millet. En 2023, nous devrions nous rapprocher des 300 000 paires avec trois équipes de production. Enfin, nous devrions atteindre notre rythme de croisière en 2024 avec 400 000 paires de chaussures produites par an.

 

Guillaume Meyzenq : Les chaussures qui sortiront de l’usine ASF 4.0 en 2021 seront des produits premium innovants pour une nouvelle génération de consommateurs dans l’outdoor. Nous souhaitons les vendre en France, en Europe mais aussi sur les marchés américain et chinois. L’idée est de ne pas se cloisonner au « local to local » car le niveau de savoir-faire, de qualité et d’automatisation du concept d’ASF 4.0 doit pouvoir être dupliqué dans différentes unités de production un peu partout dans le monde. ASF 4.0, c’est une aventure collective unique entre des partenaires venant chacun avec leur savoir-faire au service d’une vision commune. Un rêve conjoint que nous sommes en train de vivre. 

Juin 2021

Aventure ambitieuse mais pas impossible que celle de produire des chaussures de sport en France. Elles est portée par plusieurs grands noms de la chaussure et du sportswear associés à Chamatex, spécialiste des tissus techniques, au Groupe Zebra, cabinet d’innovation & design et à Siemens.

Découvrez toute l'histoire au travers de plusieurs Stories :

 

Article #1 : Gilles Réguillon, l'homme à l'origine du projet ASF 4.0

Article #2 : ASF 4.0 une vision commune de la relocalisation de la production

Article #3 : Produire des chaussures de sport en France : pari réussi d'ASF 4.0

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